Le mot de la présidente:

  " Rêver ma planète"…A l'heure où notre monde est confronté à des problèmes majeurs que nous semblons impuissants à résoudre,  n'est-il pas paradoxal d'inviter au rêve? Si l'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que la construction grammaticale est inhabituelle. On dirait spontanément : " rêver à ma planète ou de ma planète". La formulation directe, sans préposition, implique la mobilisation de l'imaginaire, une activité créatrice, tout le contraire d'une vague rêverie passive.

     Le mot "planète" peut être entendu à plusieurs niveaux, ouvrant ainsi un riche  champ d'investigation .
Pour les enfants, et même pour les adultes, "notre" planète, ce n'est pas, en premier lieu, le vaste monde.
Elle se confond, surtout pour les plus jeunes, avec l'environnement immédiat, la région, la ville ou le village, et le cocon familial et amical, la maison et le jardin. Ce petit monde à soi, familier et protecteur n'est toutefois pas constamment à la hauteur des attentes.  Il est le lieu idéal où se déploie l'imaginaire, où s'échafaudent les transgressions. 
Si l'on réduit encore le champ, la planète, c'est l'individu lui-même, le  moi, objet constant d'angoisses, de doutes et de fantasmes. Pour un jeune, "rêver sa planète" c'est s'interroger sur sa personnalité. Quelle image donne-t-il et voudrait-il donner de lui? Quelles identifications et quels repoussoirs? Quel avenir? Et ces questions ne restent-elles pas d'actualité pour bien des grandes personnes?
Mais la planète, c'est bien sûr aussi, la planète-terre.
Les investigations dans le Cosmos et les magnifiques images de notre terre, perdue dans l'infiniment  grand, largement relayées par des moyens de diffusion très performants, ont de quoi donner le frisson et émouvoir, même les esprits les plus forts. 
Cette angoisse métaphysique à laquelle s'ajoutent toutes les craintes sur la survie de notre terre conduisent parfois à négliger la dimension temps et à se projeter dans les siècles futurs pour imaginer la planète de ses rêves ou de ses cauchemars. Et nous voila immergés dans la Science fiction.
Car de quelque côté que l'on aborde la question, d'un point de vue environnemental, humain, économique, les causes d'inquiétude sont multiples. Eluard chantait "La terre est bleue comme une orange", comme ces oranges en train de pourrir. L'actualité accumule les signes de catastrophes annoncées mais aussi les témoignages de paralysie devant les mesures à prendre.  Or chacun a besoin de croire que le monde peut être meilleur.  Les projets utopiques ont jalonné l'histoire de l'humanité. C'est vrai qu'ils ont eu  rarement les résultats à la hauteur des espérances. Mais a-t-on le choix?  N'est-il pas temps de rêver notre planète si l'on ne veut pas que toutes les Cassandre finissent par avoir raison?

     La littérature de jeunesse, d'une manière imagée, par le détour de la fiction, aborde aussi bien ces questions d'actualité que l'univers familier de l'enfant et les enjeux qui s'y jouent. Le Livre Perché,  en choisissant ce thème,  s'inscrit dans cette démarche:  l'évocation de sujets intimes et la réflexion sur le monde pour partager les émotions et les sentiments, éveiller la prise de conscience, et le regard critique. N'est-ce pas encore une manière de "rêver notre planète"?